
Albert Ayme, une figure singulière de l’art abstrait du XXᵉ siècle, dont le travail exigeant et radical est longtemps resté à l’écart des récits dominants. Précurseur du mouvement Supports/Surfaces avec la notion de toile libre, il élabore dès les années 1960 un langage pictural autonome, à la croisée de l’abstraction géométrique, de l’écriture et d’une réflexion sur le temps. Il nomme cet ensemble de recherches Le Paradigme : une œuvre conçue comme un système à croissance illimitée.
L’exposition à la galerie Zemma proposera des œuvres parmi les 27 séquences couvrant plus de cinquante ans de création, offrant une lecture rare d’un travail d’une grande cohérence formelle et conceptuelle. Œuvres et livres y forment une seule entité, révélant la dimension plastique, théorique et solitaire de cette démarche.
Cette présentation prolonge la rétrospective majeure de 1992 à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris (ENSBA) et vise à restituer à l’œuvre d’Albert Ayme la place vivante qu’elle mérite aujourd’hui.
L’exposition à la galerie Zemma
Albert Ayme, l’artiste au Paradigme
Une œuvre à redécouvrir.
13 février / 28 mars 2026
Vernissage vendredi 13 février 2026
à partir de 18 heures
40 rue Sainte, 13001 Marseille
La galerie est ouverte vendredi et samedi de 15h à 19 h
et sur rendez-vous au 06 74 89 02 54
Revue de presse sur cet événement.
Conférence de Hervé Castanet

Albert Ayme – Suite 3 à la gloire de Van Gogh, 1988. 160 x 120 cm. © Giney Ayme
7 mars 2026
Le poème plastique, le temps
Dans un texte, rédigé en 1962-1963, « Itinéraire plastique. Approche d’un langage spécifique », A.A. revient sur les questions posées dans son « Esquisse ». Il y a une objection – et combien de fois ne l’a-t-on ressortie à notre artiste ! – : une telle conception de la pratique picturale exclut la surprise, l’invention. À se réduire à la pure rationalité de la structure, elle est répétition morte. La référence au langage (linguistique) et à la musique, déjà, laissait entendre la position d’A.A. Est-ce que la structure du langage et les règles de la langue excluent l’innovation et donc la poésie ? Non évidemment. Est-ce que le système des notes et de la composition musicale (réglée) prohibe la création du musicien ? La réponse s’impose dans son évidence. Dans son « avant-propos », A.A. revient sur cette référence au langage comme paradigme de la structure. Citant Mallarmé, notre artiste définit l’art comme « Le Langage » ajoutant : « plutôt qu’une autonomie inscrite, une autonomie qui transcende ». Surgit le temps comme catégorie active dans la peinture et la théorisation d’A.A. « superposition transparente (intangibilité et simultanéité perceptibles d’états successifs) où l’occupation d’un même lieu en des moments différents caractérise le temps ». Cette référence au temps, présente donc dès les premières élaborations théoriques de ce début des années soixante, n’est pas annexe. Elle est la construction du concept clef de l’œuvre d’A.A. Le temps (inséparable du hasard, de l’irrationnel, du poème, etc.) est ce concept qui n’est plus exclu par la peinture, mais qui, au contraire, en constitue le pivot. La peinture n’est ni immobile ni intemporelle. Elle est mouvement et temporalité. Dans l’article sur « Les aquarelles monochromatiques » de 1962, A.A. parlera ainsi de « l’intervalle pictural sans antécédent dans les arts plastiques » dont il fait un « invariant constitutif du langage […] dont les pulsations engendrent la dynamique de l’œuvre ». L’intervalle pictural annonce la conceptualisation de la temporalité en peinture.
Par ce concept de temps, ainsi isolé, A.A. a trouvé l’outil théorique, via la pratique de la superposition transparente (et non opaque comme l’histoire de la peinture l’a réalisée), qui donnera à son œuvre son véritable départ pour conquérir l’autonomie structurale du champ pictural. Nous tirerons quelques fils de ces affirmations.
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Lisières n° 20 — Albert Ayme
